Lui, mon amour

Ce récit court, je l’avais écrit il y a deux ans pour participer à un concours de nouvelles. Le thème que j’avais choisi parmi plusieurs était « Qu’est devenu mon premier amour? » J’avais donc rédigé ce texte avec beaucoup d’émotion….

 A lire jusqu’à la fin…

 

Mes valises sont prêtes. Le cœur lourd, je vérifie tout. En fait, je sais déjà que tout y est. Les gros manteaux d’hiver que maman a achetés la semaine dernière. Des pulls. Des Jeans. Des collants. Puis le sac de provisions que je regarde avec inquiétude. C’est comme si, là-bas, j’allais mourir de faim.

La veille, j’ai fait une crise d’angoisse. Je suis allée dans la chambre de mes parents. J’ai eu du mal à respirer. Et en pleurant, j’ai dit que je ne voulais pas les quitter. Que je ne souhaitais pas me retrouver à dix mille kilomètres d’eux, de mes frères et sœurs, de toute ma grande famille et surtout pas de lui mon doux amour…. Notre relation n’est plus taboue. Il est beaucoup plus âgé que moi, bien plus sage et infiniment plus calme. Mais peut-être un peu résigné. Mes parents ont compris ce lien si fort et si tendre qui nous unit. Ils savent qu’il en a plusieurs et que lui est mon unique. Ils acceptent la situation comme ça. Ils savent que là-bas, j’aurai le mal d’eux et surtout le mal de lui. Lui est conscient que c’est une parenthèse nécessaire pour nous deux. Qu’il a besoin de cette tête bien pleine pour se tenir debout et que moi je ne peux m’épanouir sans me réaliser.

Il t’attendra m’a dit maman. Si tu restes qu’a-t-il à t’offrir ? Pense à cette chance que tu as de faire les études dont tu as tant rêvé. Va ma chérie, afin de vous accorder un avenir.

Nous partons à l’aéroport. Je ne suis plus qu’une fontaine inaltérable. Papa a les larmes aux yeux. Mes frères me tiennent fermement le bras comme pour me retenir. Et lui… Son regard hurle de douleur mais il serre les dents. Le dos se voute davantage. Notre différence d’âge est beaucoup plus visible. Encore une qui s’en va…

Mes parents m’embrassent, je suis inondée de chagrin. Mes frères sanglotent. Ryan, mon petit cousin qui vient d’avoir deux ans verse des larmes dans les bras de ma tante. Ca doit faire pleurer de voir des gens si tristes. Nous nous étreignons. Mon amour lui, est toujours aussi calme. Je lui réserve ma dernière étreinte, ma dernière caresse, mes derniers mots. Je respire une ultime fois son odeur, puis je monte rapidement dans l’avion.

lui mon amour

Huit heures après, nous atterrissons. Les paysages ont changé, le climat aussi. Le froid me brule les lèvres. Je porte rapidement mon manteau, mais celui-ci n’est pas assez épais comme tous ceux qui sont dans ma valise. Je sens presque mes os craqueler.

La vie commence pour moi. Sans lui.

Je comprends que j’aurai pour la première fois de mon existence à m’autogérer. À décider toute seule.

En fait, je viens de sortir du ventre de ma mère et je suis passée directement à l’âge adulte. Sans transition.

Quinze années après.

C’est le jour J. Mon mari et moi, réveillons nos enfants. Ils sont inhabituellement surexcités. Ça sera la première fois pour eux de prendre l’avion. Ils rencontreront Papi et Mami. Ils joueront dans la maison où j’ai grandi. Moi, j’ai le cœur qui bat… parce que je le reverrai, parce que je n’ai jamais cessé de penser à lui et de prendre de ses nouvelles aux personnes qui le rencontraient. On m’a dit qu’il va de plus en plus mal. Qu’il me réclame. Qu’il voudrait que je revienne. Que tout redevienne comme avant. Ou même mieux qu’avant. Qu’on s’était fait une promesse et que je ne l’avais pas tenue. Mais comment lui faire comprendre que j’ai changé, grandi et que j’ai rencontré quelqu’un d’autre ? Mais que je l’aime quand même ; admettra-t-il de ne plus être mon unique ? Ne l’ai-je pas accepté à une certaine époque ? Je lui expliquerai… Je lui dirai que peut-être un jour je reviendrai à lui, mais que j’ai besoin de temps. Que tout se planifie.

Nous atterrissons enfin et nous descendons de l’avion.

Il est là…

Je croise tout d’un coup son regard. Et lui, Je le trouve beau, beaucoup plus que dans mon souvenir. Mais sa démarche est fragile, fébrile. Mes sentiments pour lui me reviennent d’un coup à la figure, comme si on ne s’était jamais quitté.

Nous arrivons à un passage douanier, le dernier… Pour le traverser, je présente nos passeports. À cet instant, il comprend que je lui ai été infidèle…

Je vois enfin mes parents. Ma mère tremble, pleure, me serre dans ses bras. Porte ses petits-enfants. Lui, reste en retrait, ne dit mot. Papa est là aussi. Tu m’as manqué ma fille me dit-il. Si tu savais à quel point je suis heureux.

Et puis, j’entends enfin sa voix, toujours aussi douce. Bien qu’empreinte de tristesse.

– Me reconnais-tu ?

Il s’approche et son odeur n’a pas changé… après toutes ces années…

Puis il me redemande comme une lamentation:

– Où étais-tu pendant tout ce temps ? M’avais-tu oublié ?

Je m’effondre, je pleure. Je cache mon visage dans mes mains.

– Comment pourrai-je t’oublier, toi, Mon Pays ? Tu es mon premier amour…

13 réflexions sur “Lui, mon amour

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