La si belle et longue lettre de Mariama Bâ

 

  Il y a des livres qui marquent, qui te donnent envie, leur lecture terminée d’en savoir plus sur leur auteur, leur écrire pour leur exprimer à quel point leur livre est un petit bijou que tu liras et reliras.

  Ma sœur m’avait parlé de ce livre que je m’étais empressée d’acheter. Mais jusqu’alors, je n’avais pas trouvé le temps, ni la disposition de le lire. C’est chose faite aujourd’hui et j’ai été agréablement surprise et émerveillée par la douce plume, ô combien réaliste de Mariama Bâ. Elle a écrit « une si longue lettre ». Moi, je dirais plutôt, une si douce lettre, une si magnifique lettre, une si réaliste lettre, une si émouvante lettre, une si profonde lettre, une si belle lettre…

une si longue lettre

  Mariama Bâ a écrit une si longue lettre en 1979 et traite de la situation de la femme au Sénégal. et plus généralement en Afrique ou même dans le monde. Car les situations qu’elle y décrit, la polygamie, l’intrusion de la belle-famille dans les foyers, la gestion du veuvage,  la condition de la femme entre devoirs et renoncements, ne sont hélas pas des faits propres à un pays.

  Dans son livre écrit sous forme épistolaire, Mariama Bâ dresse le parcours de deux femmes:

d’un coté, Aïssatou, mariée, mère de quatre garçons, épouse non acceptée de part ses origines non nobles par sa belle-mère, qui lui trouvera rapidement une rivale que Mawdo, le mari d’Aïssatou s’empressera d’épouser pour « obéir » à sa mère; mais Aissatou ne l’acceptera pas. Elle partira avec ses quatre garçons, divorcera et prendra sa vie en main.

   De l’autre côté, Ramatoulaye. C’est elle qui écrit cette si longue lettre à son amie Aïssatou pour lui raconter tout ce qui s’est passé dans sa vie en son absence. Ramatoulaye, elle, est une femme intellectuelle, mariée, mère de douze enfants qui se verra trompée par son mari avec la meilleure amie de leur fille. Son mari la prendra en seconde noce et Ramatoulaye décidera de rester. Malgré tout.

   Ce livre est un délice de mots, un éloge à la femme qui  doit se tenir debout en dépit des turbulences, être résolument tournée vers son avenir. Ce roman nous montre que les thématiques qui y sont traitées sont intemporelles.

   Le poids des traditions dans une société qui se modernise, la famille, l’éducation, l’épanouissement de la femme sont des thèmes d’hier, d’aujourd’hui et de demain. La femme a et aura toujours d’énormes défis à relever, en plus de celui d’être le capitaine à bord de la famille qu’elle bâtit. Je cite Mariama Bâ:

« la femme ne doit plus être l’accessoire qui orne. L’objet que l’on déplace, la compagne qu’on flatte ou calme avec des promesses. La femme est la racine première fondamentale de la nation, où se greffe tout apport, d’où part toute floraison »

Des mots justes, qui résonnent, chamboulent et interrogent. j’en retiendrai beaucoup mais je ne pourrai pas tous les citer ici, mais simplement ce passage, où Ramatoulaye rappelle à Aïssatou cette période de sa vie, où elle, Aïssatou  a choisi de quitter son mari Mawdou lorsque celui-ci décida de prendre une seconde épouse pour « satisfaire » les désirs de sa mère:

« Mawdo ne te chassait pas. Il allait à son devoir et souhaitait que tu restes. La petite Nabou résiderait toujours chez sa mère ; c’est toi qu’il aimait. Tous les deux jours, il se rendrait la nuit, chez sa mère, voir l’autre épouse pour que sa mère « ne meurt pas » ; pour « accomplir un devoir. »

 Comme tu fus plus grande que ceux qui sapaient ton bonheur ?

On te conseillait des compromis : « On ne brûle pas un arbre qui porte des fruits. »

On te menaçait dans ta chair : « Des garçons ne peuvent pas réussir sans leur père. » Tu passas outre.

Ces vérités, passe-partout, qui avaient jadis courbé la tête de bien des épouses révoltées, n’opérèrent pas le miracle souhaité ; elles ne te détournèrent pas de ton option. Tu choisis la rupture, un aller sans retour avec tes quatre fils, en laissant bien en vue, sur le lit qui fut vôtre, cette lettre destinée à Mawdo et dont je me rappelle l’exact contenu :

Mawdo,

Les princes dominent leurs sentiments, pour honorer leurs devoirs. « Les autres » courbent leur nuque et acceptent en silence un sort qui les brime.

         Voilà, schématiquement, le règlement intérieur de notre société avec ses clivages insensés. Je ne m’y soumettrai point. Au bonheur qui fut nôtre, je ne peux substituer celui que tu me proposes aujourd’hui. Tu veux dissocier l’Amour tout court et l’amour physique. Je te rétorque que la communion charnelle ne peut être sans l’acceptation du cœur, si minime soit-elle.

         Si tu peux procréer sans aimer, rien que pour assouvir l’orgueil d’une mère déclinante, je te trouve vil. Dès lors, tu dégringoles de l’échelon supérieur, de la respectabilité où je t’ai toujours hissé. Ton raisonnement qui scinde est inadmissible : d’un côté, moi, « ta vie, ton amour, ton choix », de l’autre « la petite Nabou, à supporter par devoir. »

         Mwado, l’homme est un : grandeur et animalité confondues. Aucun geste de sa part n’est de pur idéal. Aucun geste de sa part n’est de pure bestialité.

         Je me dépouille de ton amour, de ton nom. Vêtue du seul habit valable de la dignité, je poursuis ma route.

         Adieu

Aïssatou.

Et tu partis. Tu eus le surprenant courage de t’assumer. Tu louas une maison et t’y installas. Et, au lieu de regarder en arrière, tu fixas l’avenir obstinément. Tu t’assignas un but difficile ; et plus que ma présence, mes encouragements, les livres te sauvèrent.

(…)

Comme j’enviais ta tranquillité lors de ton dernier séjour! Tu étais là, débarrassée du masque de la souffrance. tes fils poussaient bien, contrairement aux prédictions. tu ne t’inquiétais pas de Mawdo. Oui, tu étais bien là, le passé écrasé sous ton talon. Tu étais là, victime innocente d’une injuste cause et pionnière hardie d’une nouvelle vie »

Un livre que toute femme devrait absolument lire. Que je mettrai dans les mains de mes filles quand elles seront grandes mais dont je commencerai déjà à leur parler.

Quand j’ai lu ce livre, je me suis sentie proche de l’auteure. j’avais l’impression que Mariama Bâ était notre maman qui nous enseignait,  nous rassurait sur nos choix et nous encourageait à aller de l’avant. Sans faillir.

Sur Facebook, à travers ma page auteur , je parle de  mes lectures et de mes projets d’écriture. n’hésitez pas à vous abonner!

 

 

 

 

 

 

9 réflexions sur “La si belle et longue lettre de Mariama Bâ

  1. Coucou ma chère Venessa. J’espère que tu vas mieux. Cela faisait longtemps que je n’avais pas visité ton blog.
    Tu rends un très bel hommage à cette auteure. Ce qu’il y a de fabuleux dans l’écriture ; c’est qu’on peut tout y exprimer… merci pour ce joli partage. Gros bisous Venessa et prends bien soin de toi. ☺

    Aimé par 1 personne

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