Mon garde-chagrin

je partage avec vous une fois de plus une de mes participations à un concours de nouvelles. Cette nouvelle est complétement fictive. j’aime décidément beaucoup ce format dans lequel en très peu de mots, on doit pouvoir construire une histoire tout en tenant le lecteur en haleine et surtout en le faisant  passer par des  pistes qui n’en sont pas, avant de dévoiler la fin. Il faut donc lire la nouvelle jusqu’à la fin pour  savoir de quoi on parle exactement.  Le nombre de mots maximum exigé par ce concours était de 530, donc une nouvelle très courte.

 Le thème de ce concours était: « Rien ne sera plus jamais comme avant ». Moi, je me suis glissée dans la peau d’une femme de 45 ans dont j’ai complètement  imaginée l’histoire… je vous laisse la découvrir. 

 Il y a des moments où on ressent un vide énorme que personne si ce n’est l’être qui manque ne peut combler. Parfois, on se croit guéri. On recommence à vivre. On reprend le bus, on court derrière le métro. On vaque à ses occupations. On a des projets, il nous arrive même de sourire. Puis un jour, juste le son d’une voix, une image, un lieu nous ramène d’un coup à lui. On se demande pourquoi, pourquoi n’est-il plus là ? On exige des réponses qu’on n’obtiendra jamais. On veut simplement remonter les aiguilles du temps, pouvoir le serrer tout contre soi, une petite minute pour une éternité fébrile.

Ainsi je survis depuis que tu es sortie de ma vie. Nous nous aimions pourtant passionnément. À la folie même. Maman d’ailleurs ne comprenait pas ce lien si fort qui nous unissait. Pourquoi pas lui? me demandait-elle. Parce que c’est elle tout simplement, je lui répondais. C’est une relation contre nature, comme il en existe très peu ! tentait-elle de me raisonner. Quant à l’entourage jamais avare de critiques, il m’intimait presque d’arrêter de rêver, à mon âge avancé — j’avais quarante-cinq ans, à une vie que tu ne m’offrirais jamais. Comment leur expliquer qu’avec toi, je me sentais tout simplement protégée? Que tu étais le plus doux des garde-fous contre le chagrin, mon garde-chagrin?

Un jour, tu as senti le vent tourner. Je l’avoue, j’ai été plus sensible aux autres qu’à ton amour. Tu m’as fait jurer de trouver un homme qui prendrait soin de moi comme tu l’avais fait auparavant.

J’ai promis. Et j’ai rencontré Marc.

Marc a su être patient. Je lui ai parlé de toi, du duo si fusionnel que nous formions. Et je lui ai expliqué que j’avais besoin de temps pour en faire le deuil, même si j’étais à l’origine de notre séparation. Était-ce normal d’être aussi anormale que moi ? Je pleurais et Marc m’écoutait en silence, me tendant simplement son épaule.

Tout doucement, j’ai commencé à éprouver pour lui des sentiments différents de ceux ressentis à tes côtés. Oui, mon corps vibrait autrement. Des sensations inhabituelles pour moi qui me donnaient ce sentiment si neuf d’être une femme. Ou une princesse devant les innombrables attentions de cet homme.

Un jour, je n’ai même pas eu le temps de t’adresser mes adieux, que Marc m’a arrachée à toi, dans un cri. Dans la douleur. Mais avec une si belle promesse.

Je suis tombée enceinte. Il était temps à quarante-cinq ans ! La page que nous avions écrite ensemble était donc définitivement tournée. Tant à mon bonheur, je ne me suis pas rendu compte que Marc ne l’était pas. Ou qu’il ne l’avait été que le temps d’une « passade », terme repris par la femme beaucoup plus jeune que moi, pour laquelle il nous quittera, moi et notre fils qu’il ne connaîtra jamais.
Le choc.

J’ai plongé dans le désespoir, dans ce trou noir duquel je ressors peu à peu. On ne m’y reprendra plus, je me le promets.
Et même si on ne peut pas remonter le temps, ni reformer le si beau couple que nous étions, tu auras été le plus bel amour de ma vie, Chasteté chérie.

 

 

29 réflexions sur “Mon garde-chagrin

  1. Quel beau texte ! Et quelle sincérité…tu nous racontes ton nouvel amour qui t’a sauvé et également donné la joie d’avoir un enfant…Merci pour ce beau partage. PS : moi aussi j’avais participé à ce concours et j’avais choisi le même thème que toi puis par la suite on m’avait publié mon texte. J’avais adoré. Si tu souhaites le lire : le titre c’est la lumière. Je t’embrasse bien fort et merci pour ton follow.

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  2. Tu as une douce et belle plume… J’aime beaucoup ton histoire. Une histoire d’amour à deux vitesses qui finit mal mais qui porte en elle une belle leçon de vie: Etre soi-même est la première condition du bonheur 😉

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  3. Un texte intéressant car il laisse la pression monter. On a beau savoir que tu ne parles pas d’un homme, ce serait trop simple, la clé n’est révélée qu’à la toute dernière fin. Comme il se doit dans une nouvelle. Bravo et merci pour le partage 🙂

    Aimé par 2 people

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